D'Oradour à Damas : le chemin du bien.

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D'Oradour à Damas : le chemin du bien.

Message  Admin le Sam 14 Sep - 17:30


D'Oradour à Damas
: le chemin du bien. study  scratch 


D'Oradour à Damas : le chemin du bien.



Tout est moral aujourd'hui en politique:
notre Démocratie occidentale atteint un stade supérieur d'organisation de la cité
où chaque acte de gouvernement se trouve déterminé par la morale.
Les personnages éminents qui président à nos destinées ont donc pour première tâche
de décider du bien et du mal.
Ils s'en acquittent prestement,non par référence à un code quelconque, du type Décalogue,
mais en réagissant à une gamme d'images et d'affects régis par l'Histoire.
Barack Obama et François Hollande ont été exemplaires à cet égard,
malgré les difficultés suscités par leurs opinions publiques respectives.
Quand un pacifiste fait la guerre, c'est pour faire le bien.
Quand un Jean-Vincent Placé, qui exsude l'amour de l'environnement et de l'humanité
par tous les pores de son expressif visage, et qui a tout fait ce qui était en son pouvoir
pour affaiblir la puissance nucléaire de la France, se résout à préconiser "des frappes limitées",
c'est qu'il s'y trouve obligé par les "preuves irréfutables" contenus par les "documents déclassifiés"
aimablement fournis par Jean-Marc Ayrault.
Quand Laurent Fabius,qui, jeune Premier ministre de François Mitterrand,s'attacha à
"engranger les dividendes de la paix"
,c'est-à-dire à saboter l'armée française en réduisant ses budgets,
habitude qu'ont gardée tous ses successeurs depuis, quand Laurent Fabius donc, se lance dans une grande
offensive diplomatique pour convaincre ses homologues européens "d'employer la force"
contre "le régime" de Bachar el Assad,c'est que les taies sont tombées de ses yeux,
il sait désormais qu'il faut parfois faire couler le sang pour réduire le Mal avec un grand M.
La morale,qui dans le domaine personnel est parfois si floue (est-ce mal de "gagner au jeu"
un appartement de sept millions d'euros ?
Est-ce mal de ne pas interdire la diffusion de sang contaminé ?),devient lumineuse lorsqu'il s'agit
de politique: les lignes rouges, le crime contre l'humanité, la mémoire, et toutes ces sortes
de choses vous aident à déterminer sans peine le mal absolu.
Il ne vous reste après cela qu'à faire votre devoir.Celui qui combat l'inacceptable
est nécessairement dans le vrai.
Certains croient devoir compliquer cette idée simple avec les réalités de l'Orient compliqué,
peser le poids des communautés en Syrie, des divers intérêts au Proche-Orient,des responsabilités
croisées dans divers types de massacres et d'exactions: un mot suffit à balayer ces nuages
qui brouillent la vue et risquent de pser sur les convictions, et ce mot est sarin.
Sarin égale Armes de destruction massive égale Gaz égale Crime contre l'humanité.Stop !
N'allons pas plus loin ! Vous y êtes ! Vous êtes arrivés au terminus des amalgames.
Auschwitz, tout le monde descend ! Une dépêche de l'Agence télégraphique juive publiée
dans The Times of Israel, journal hiérosolymite, nous le confirme :

" Les principaux rabbins couvrant le paysage politique et religieux ont exhorté les députés
du Congrès à soutenir le président Obama dans son projet d'attaquer la Syrie afin de mettre fin
à l'utilisation d'armes chimiques par ce pays."
"C'est en tant que descendants de survivants de l'Holocauste ou de réfugiés dont les ancêtres
ont été gazés à mort dans des camps de concentration que nous vous écrivons"

lisait-on dans la lettre envoyée mercredi 4 septembre, veille de Roch Hachana.

"Nous vous écrivons en tant que peuple victime de persécutions pendant de nombreux siècles,
et heureux d'avoir trouvé aux Etats-Unis un refuge sûr nous permettant de prospérer."

La Deuxième Guerre mondiale fixie le cadre de la Troisième.
Pauvre Obama ! On finira par le plaindre.
Cela doit être un peu casse-nouilles d'avoir toujours une aristocratie de prêtres du bien
autour des oreilles pour vous rappeler votre devoir de mémoire.
Remarquez plus personne n'est épargné.
Au moment où beaucoup d'Indonésiens se gendarment contre les "cochonneries" et la "prostitution"
que constitue selon eux l'élection de Miss Monde à Bali, les Pékinois, eux, se précipitent en longues files
pour visiter l'exposition sur Auschwitz organisée dans leur bonne ville.
Il faut dire qu'ils ont l'habitude d'obéir et qu'ils ne sont pas à une révolution culturelle près.
La question qui reste cependant posée depuis Le Lotus bleu est : sauront-ils profiter des fruits
de notre admirable civilisation occidentale ? Wait and see, comme n'aurait pas manqué de dire Mortimer.

Nous aussi nous avons eu notre piqûre de rappel de mémoire.
A Oradour.Le Maréchal le disait fort bien, les Français ont la mémoire courte.
Alors on nous chouchoute, on nous donne tous les jours notre potion pour nous éviter un Alzheimer
politique.Donc, Oradour. A l'occasion du 69ème anniversaire plus 3 mois du massacre,
il y a eu une grande visite présidentielle binationale.
On y a appris déjà le nom du président allemand.
On y a rappelé la solidarité de deux piliers européens de la démocratie unis contre la barbarie.
Oradour est un objet précieux pour la mémoire.Un massacre y a bien eu lieu, nul ne peut le nier
et nul ne l'a nié en effet,même les affreux qu'on nomme par ailleurs négationnistes.
Et ce sont bien des SS qui l'ont perpétré.Et les restes du village, conservés en l'état,sont authentiques.
Bref,c'est la perle rare, donc l'occasion d'un peu de pédagogie.
A quoi sert Oradour ? A nous rappeler où est le bien, où est le mal. Qui sont les méchants absolus.
A briser l'image d'occupation relativement bénigme de la France par l'Allemagne.
Bien sûr il y avait eut le STO, le pillage par l'indemnité de guerre, mais l'armée allemande,
dans son ensemble,avait maintenu l'ordre et la sécurité sans brutalité inutile,
elle avait été correcte;sans doute le fait d'être occupé était-il insupportable,mais l'Allemagne
n'y avait pas rajouté d'horreur particulière, si on la comparait à d'autres nations,France comprise:
ce témoignage quasi unanime de l'après-guerre, quelles que soient les couches de population
et les choix politiques, n'est plus permis.
Un Le Pen a été condamné pour avoir soutenu la thèse d'une Wehrmacht correcte.
Oradour a pour mission d'enfoncer le clou.
Puisqu'il y a eu Oradour, l'Allemagne s'est rendue coupable de crimes de guerres sans comparaison.
En conséquence et en même temps,dans ce théâtre moral, la résistance dans son ensemble,
quels que soient ses éléments et leurs méthodes, doit être considérée comme le bien affronté
à la barbarie absolue.
Ici gît une double difficulté.Le général SS qui commandait la division SS Das Reich
opérant à Oradour, Lammerding, et plusieurs de ses subordonnés, ne sont d'accord ni sur les faits
qu'on leur reproche, ni sur les principes moraux qui permettent de les juger.
Quant aux faits, le récit ordinaire, exposé par Wikipédia, assure qu'après plusieurs réunions
préparatoires, il a été décidé de rayer de la carte Oradour, bourg à l'écart de toute résistance.
Pour faire un exemple.
Le 10 juin 1944, une compagnie de panzer grenadier investissait le village, séparait les femmes
et les enfants des hommes sous couleur de rechercher des résistants,fusillait les hommes
et faisait brûler femmes et enfants dans l'incendie de l'église Saint-Martin.
Le point de vue SS est le suivant:

- Oradour étant un des centres de la résistance locale, l'opération avait pour but de récupérer
un officier allemand Kampf,ou,à défaut, de prendre des otages.
Les choses auraient tourné à l'aigre à cause d'un accrochage avec la résistance.
Qui a raison ?
Vincent Reynouard a publié en 1997 un livre Le massacre d'Oradour:un demi-siècle de mise en scène.
Se fondant à la fois sur le procès tenu à Bordeaux en 1953, sur les principaux livres parus sur la question,
sur le récit du Sturmbannfhürer Weidinger, sur l'analyse archéologique des restes et sur des témoignages
recueillis par ses soins, il a formulé la thèse suivante:

- la résistance aurait entreposé des munitions dans l'église, et elles ont sauté, pour une raison
quelconque, ce qui aurait provoqué la mort des femmes et des enfants, puis l'affolement des SS,
qui auraient fusillé les hommes en représailles.
Même si l'on n'hadère pas à ses affirmations (quid des aveux de certains exécutants, par exemple ?),
on demeure troublé par certains faits.
Les témoignages de "la seule rescapée",Mme Rouffanche, sont contradictoires et invraisemblables.
Il n'existe aucune preuve de la décision de détruire Oradour.
La séparation de la population milite plutôt contre.
Il y avait de la résistance à Oradour, et des travailleurs étrangers espagnols antifranquistes,
dont on connaît l'importance dans le Sud-Ouest:

- leur exactions font encore peur aujourd'hui aux anciens.
L'aviateur anglais Len Cotton a raconté avoir été hébergé à Oradour lors de d'une exfiltration.
Plusieurs indices concordants, dont l'état des corps des enfants et des femmes,
celui des murs, de la cloche, le confessionnal en bois indemme, infirment la thèse de l'incendie
prolongé et rendent plausible celle de l'explosion accidentelle.
Cela,et bien d'autres considérations, dont la façon dont les pouvoirs publics ont interdit
la diffusion du livre de Vincent Reynouard et ont puni son auteur, laisse perplexe et pousse
tout esprit droit à réclamer un débat.
Il y a eu crime de guerre à Oradour, et nul ne songe à en exonérer ceux qui l'ont commis.
Mais les choses ne sont peut-être pas passées si simplement qu'on le prétend, et la résistance
n'est peut-être pas blanc bleue dans l'affaire.
Quand on connaît les gens de Guingouin,et autres chefs locaux, on n'est pas enthousiasmé
par leur moralité.

La question de principe n'est pas moins importante. Le mot résistance est ambigu.
Il a puissamment contribué au changement des mentalités qui s'est produit
après la guerre partout dans le monde, à la définition moderne du bien et de la barbarie,
à l'évaluation des divers mouvements de décolonisation, etc...
Pendant des siècles, tout ce qui légifère en Europe, Eglises,penseurs, parlements
et souverains ont essayé d'adoucir la guerre, et singulièrement de distinguer le militaire
du civil, pour protéger celui-ci.
Les guerres de Trente ans et d'Espagne (celle de Napoléon) ont rendu ce travail plus que souhaitable,
et la convention de La Haye, avec tous ses défauts,put être considérée comme un progrès.
C'est en application de cette convention qu'un Lammerding doit faire fusiller tout combattant irrégulier
pris les armes à la main.
C'est pour contrer les exactions des maquis qu'il a été conduit à prendre des otages à Tulle le 9 juin,
veille d'Oradour, et à les pendre.
On peut juger l'acte excessif, ou inefficace, on peut le condamner, car le principe de responsabilité
collective est détestable, on ne peut en revanche imputer la responsabilité initiale de l'engrenage
à la SS:
- ce sont les résistants les premiers coupables, et les responsables par le seul fait qu'ils agissent
en combattants irréguliers.
Mais pour porter un jugement dépassionné sur la question, il faudrait en finir avec l'ambiguïté
volontairement entretenue sur le mot résistance.
Il faut cesser de confondre l'activité d'un Estienne d'Orves, qui collecte et transmet des renseignements
en vue d'un vrai combat militaire, et celle d'un colonel Fabien ou du groupe Manoukian,qui abat
des soldats dans le dos dans le dessein décidé ailleurs, par une puissance totalitaire étrangère,
de lancer puis d'entretenir un cycle provocation-représailles:
- les civils français étant à la fois la chair à canon et l'enjeu de la stratégie soviétique.
S'il y a quelque chose de remarquable dans le résistant, qu'il soit combattant de l'ombre ou maquisard,
c'est qu'il accepte les conséquences de son statut de combattant irrégulier:
- d'Estienne d'Orves a embrassé le commandant du peloton chargé de le fusiller.
L'homme de main communiste qui descend un uniforme feldgrau et laisse liquider cinquante otages
est tout simplement une crapule.Et une crapule politique, ce qui n'est pas une circonstance atténuante.
Angela Merkel n'était pas à Oradour.Elle avait d'autres choses à faire.
Notamment s'occuper de l'Oker, le drôle de petit navire qui espionne la Méditerranée orientale
au profit de la rébellion syrienne.Il vient de donner une information qui innocente Assad
du prétendu massacre du 21 août, mais qui accrédite en même temps l'idée que l'état-major syrien
aurait demandé l'utilisation du sarin, ce que la Syrie a toujours nié,et qu'il importe à Washington d'établir.
Du fait que la chancelière refuse catégoriquement de participer à toute "frappe",même "limitée",
on pouvait induire qu'elle refuserait la stricte dépendance des Etats-Unis où se sont complus
ses prédécesseurs depuis 1945.
Son absence d'Oradour pouvait faire espérer qu'elle s'affranchirait des prêtres de la mémoire
pour reprendre le drapeau de la cause des nations que la France de François Hollande
a lamentablement laissé choir.
Mais Oker rime trop avec poker et joker, et le coup tordu semble hélas confirmer que Berlin
fait toujours le jeu de la coalition dirigée de Manhattan.
Ce qui manque aujourd'hui à Damas comme à Oradour,c'est l'information fiable.
Les mensonges accumulés engendrent une défiance universelle.



Hannibal.  
.


Source : RIVAROL, n° 3107 du 13 septembre 2013,page 12.

_________________
L'autre Histoire.  
"Qui n'entend qu'une cloche, n'entend qu'un son"
 



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