La rumeur, le plus vieux média du monde.

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La rumeur, le plus vieux média du monde.

Message  Admin le Sam 30 Mar - 14:38

La rumeur, le plus vieux média du monde.

RUMEURS

Le plus vieux média du monde
Auteur:Jean-Noël Kapferer ,(Editions.Seuil,1987).

 
-COMPRENDRE LEURS MECANISMES...
 

Son auteur est Jean-Noël Kapferer.
Professeur à l'école des Hautes Etudes Commerciales (HEC),connu pour ses recherches
sur la communication,l'image et la publicité.
Il est en outre le président de la Fondation pour l'étude des rumeurs.
Ses enseignements sont très précieux.

   
LES CAUSES SECONDAIRES.


       1) Une implication affective:  

           Jean-Noël Kapferer souligne que:


"Maintes rumeurs circulent,non parce que ceux qui les transmettent les croient
mordicus ,mais parce qu'elles sont amusantes,objet de curiosité et de surprise.
Celui qui les transmet est assuré de créer son effet sur le groupe d'amis à qui
il annonce la nouvelle."
(p.66).

           Il rappelle en effet que:

           
"l'implication du public dans le message ,c'est-à-dire dans la rumeur
"peut être soit rationnelle,soit affective"
(p.163).

           Dans le premier cas,explique-t-il:

     
"le contenu du message est jugé important,mais il n'y a pas identification
entre le relais et le message.Cette importance découle de conséquences
pratiques,fonctionnelles et non de la mise en cause des valeurs fondamentales du public.
Il en va ainsi,par exemple,des rumeurs selon lesquelles" le Pape viendrait visiter
la ville lors de son prochain voyage en France" ou des rumeurs financières:

"Il se préparerait une offre publique d'achat (OPA) sur la société Pernod-Ricard"
(p.163).

Face à de telles rumeurs émotionnellement neutres,le public,peu ou pas
impliqué,reste serein.
Il sera donc prêt à écouter et à analyser les arguments de ceux qui,ayant
vérifié,contesteront le bien-fondé de l'information.
     
Avec la "rumeur du massacre dOradour/Glane",en revanche,nous sommes
dans un tout autre contexte;il ne s'agit plus d'un voyage papal ou d'une
opération financière,mais de
"méchants" (les Waffen-SS) qui  
massacrent les "bons"
( des habitants innocents).

Dès lors,le public se sent émotionnellement concerné,et il se place"affectivement"
du côté des victimes innocentes contre les bourreaux.*
Ce fait est très important,car "lorsque le public se sent émotionnellement
concerné par la rumeur,les contrôles rationnels se relâchent"(p.163).

Pourquoi? Parce que vouloir "vérifier,c'est suspendre son jugement"
ce n'est donc pas être d'emblée avec les "bons",pis être prêt à défendre
les "méchants",donc à se mettre de leur côté....
Voilà pourquoi aujourd'hui,de nombreuses personnes refusent
d'écouter le discours révisionniste et de prendre en compte
ses arguments rationnels évidents:

- ils sont à 100% du côté des "bons" et veulent le rester.

*(Choisit,Oradour/Glane,la loi n'interdisant pas la "contestation"de crime de guerre,
uniquement "l'apologie"...).

   
Cohésion sociale .


Dans son ouvrage,d'ailleurs,Jean-Noël Kapferer souligne que la rumeur
"est un véhicule efficace de cohésion sociale", Il écrit:

"C'est par la rumeur que le groupe nous communique ce qu'il faut penser,
si nous tenons à continuer à y adhérer.
La rumeur est un véhicule efficace de cohésion social:toutes les discissions
qui s'instaurent expriment l'opinon du groupe auquel nous nous identifions.
Participer à la rumeur est aussi un acte de participation au groupe(...)  
Comme le communiqué commun d'une conférence internationale,ce consensus
(autour de la rumeur) engage chacun des participants au groupe.
Ne pas s'aligner,c'est se mettre en retrait,s'isoler du groupe,c'est-à-dire choisir
un "autre" groupe de référence.
(pp.64-5).

Dans le cas qui nous intéresse,ne pas s'aligner en refusant de croire la
   "rumeur du massacre des femmes et des enfants",c'est choisir le camp
   des "méchants",des "nazis"...
   D'où cette volonté de croire,même si les faits sont contraires.


L'ignorance générale.


        Comme l'a écrit Jean-Noël Kapferer:

"Plus la rumeur a un fondement émotionnel,moins la stratégie du réel reste opérante.
La réalité suffit rarement à enflammer l'imagination du public:

- pourquoi alors espérer qu'elle l'éteigne ?"
(p.287).

Cette fermeture au discours révisionniste pourrait certes être compensée
si les gens étaient d'eux-mêmes frappés par certaines impossibilités matérielles
contenues dans le discours "officiel".

Jean-Noël Kapferer déclare avec raison:

"Il faut qu'un détail heurte grossièrement notre esprit critique le plus élémentaire
pour que nous examinions avec soin le contenu du discours".
 (p.86).

Très souvent,cependant,l'ignorance empêche la perception de ce détail.
L'auteur évoque les rumeurs récurrentes selon lesquelles,en France,dans le Périgord,
dans le Lot ou dans le Vaucluse,des groupes d'écologistes lâcheraient des vipères,
par avion,pour repeupler la région (suivant les versions) pour alimenter les rapaces
ou détruire les rats et les mulots.

Il écrit:

"Les motifs invoqués sont sympathiques ou plausibles pour la majorité.
Qui pense en effet qu'il serait plus rationnel pour nourrir les rapaces de leur fournir
des couleuvres (plus longues que les vipères) ou de mobiliser les chouettes
pour éliminer les rongeurs ?

Enfin,personne ne compare le coût de la location d'un simple camion à celui
d'une heure d'avion.
(...) La plupart des gens,n'ayant qu'une connaissance conceptuelle de la physiologie
des vipères,n'imaginent pas que,comme tout animal jeté de haut,elles meurent
en heurtant le sol.
Ils imaginent probablement qu'elles rebondissent.
Après tout,leur corps n'est-il pas souple et plein de ressort ?
A moins que,êtres légers (qui a pesé une vipère?),elles ne tombent en réalité lentement !
(pp.85-86).

Le parallèle s'établit immédiatement:dans l'affaire des fumigènes lancées par
les Waffen-SS avant le mitraillage et la mise à feu de l'église,
la méconnaissance générale des problèmes liés à l'utilisation des fumigènes pour
voir moins clair leurs cibles (?) et l'absence de vérification
sur le terrain font que rien ne vient "heurter grossièrement" l'esprit critique
des personnes qui reçoivent l'information.
Ou comment se fait-il que les fleurs artificielles de l'autel ainsi que le confessional
soient indemmes et toujours visibles par les visiteurs depuis plus de 60 ans,
après un immense incendie qui a fait fondre la cloche de l'église ?
"Les corps des malheureux étaient déchiquetés,arrachés
comme après un bombardement"(?)
(déclarations des témoins venus le dimanche 11 au matin).

 

Minimisation des contradictions.


De plus,s'ils effleurent l'esprit,on s'en débarrasse facilement en imaginant
que l'incendie aurait fait explosé des munitions ou autres explosifs déposés là
par les soldats-maudits (même si eux-mêmes étaient à l'intérieur...).
Cette dernière remarque est à rapprocher d'une précision très importante apportée
par Jean-Noël Kapferer lorsqu'il écrit:

"La recherche en psychologie démontre que,une fois notre opinion faite
sur une personne,notre perception des faits qui pourraient infirmer ou confirmer
cette hypothèse se fait de façon biaisée.
Nous sous-évaluons les faits qui infirment notre opinion initiale.
(p83)

Ce qui est vrai pour une personne l'est également pour le prétendu
"massacre des femmes et des enfants".
Les gens étant persuadés que "c'est arrivé",les faits
en désaccord avec la thèse officielle sont toujours minimisés,on les évacue
en les qualifiant de détails sans importance,d'exceptions,de miracles"...
les fleurs artificielles et le confessional n'ont pas brûlé au milieu du brasier...
           


"Tout le monde ne pourrait pas se tromper".


Cette abondance de "miracles" devrait faire réfléchir.
Mais les éventuels doutes sont aisément écartés en alléguant que s'ils étaient fondés,
la rumeur aurait été dénoncée depuis longtemps par les gens compétents
(les historiens,les sociologues,etc...).

A ce sujet,Jean-Noël Kapferer souligne:

"(...) on constate que plus une rumeur est diffusée,plus elle convainc.
Tout le monde ne pourrait pas se tromper:

- la rumeur tire sa crédibilité de notre confiance dans quelque mécanisme
de "sélection naturelle" de l'information.
Si la rumeur est fausse,elle n'aurait pas dépassé les innombrables personnes qui,
comme nous mais avant nous,l'ont rencontrée.
L'individu se fonde sur le comportement des autres pour définir l'atitude qu'il doit
adopter vis-à-vis de la rumeur,et de sa crédibilité"
(p.123).

Cette croyance d'emblée,au motif que "si c'était faux,ça se saurait",
est l'une des principales barrières au révisionnisme:

-
"Ces quelques excentriques ne peuvent avoir raison contre tous les historiens
et tous les témoins"
,cette simple réflexion suffit pour que Monsieur
Tout-le-Monde se tranquillise et se rendorme sur le mol oreiller de ses convictions....

Personne ne semble "étonné" du "miracle"
des fleurs de l'autel et du confessional restés intacts !  

Jean-Noël Kapferer rappelle que,loin d'être sans conséquence sur l'esprit,
une croyance a  "des effets structurants".(p.131).
Elle influe sur notre perception de la réalté,c'est-à-dire sur l'analyse des faits
portés à notre connaissance.

    L'auteur explique:

"La rumeur nous parvient rarement nue,elle s'accompagne d'un cortège de preuves
qui lui confèrent une indéniable crédibilité.
D'une certaine façon,sa force tient à son effet structurant sur notre perception:

- elle donne un sens à un grand nombre de faits soit que nous n'aurions jamais
remarqués soit dont le sens ne nous était pas paru évident"
(p.93).

..../....


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Re: La rumeur, le plus vieux média du monde.

Message  Admin le Sam 30 Mar - 14:40

 


La prétendue mort de Paul Mc Cartney.


Comme premier exemple flagrant,Jean-Noël Kapferer mentionne
"la rumeur" qui,à la fin des années 60,affirmaitla mort le Paul Mc Cartney,
membre du groupe les Beatles.

Il aurait été tué dans un accident de voiture,début novembre 1966.
Comme pour les chefs d'Etat,ce bruit naquit parce que,depuis longtemps,
l'homme n'avait pas paru en public.
Mais "aucune preuve" ne venait le confirmer:

- en particulier,personne n'était capable de montrer un rapport de police
mentionnant l'accident,

- la carcasse de la voiture,

- la tombe du chanteur ,

ou une déclaration de la famille...Qu'importe !

Faute de preuves,les "croyants" relevèrent de nombreux détails
qu'ils présentèrent comme autant d'ndices forts.
Les premiers,d'ordre acoustique,furent exposés sur les ondes d'une radio américaine
par un auditeur prénommé Tom:
   
"Si l'on passait à l'envers le morceau des Beatles Révolution n°9  ,on pouvait
alors entendre que la litanie"Number 9,number 9" devenait alors "Turn me on,
dead man"  (excite-moi,homme mort).
De plus,à la fin de la chanson Strawberry Fields dans le disque
Magical Mystery Tour, si l'on tendait l'oreille et si l'on enlevait les bruits de fond,
on pouvait entendre John Lennon murmurer:"I buried Paul" (j'ai enterré Paul!)(p.37).

Par la suite,le journal de l'Université du Michigan,leMichigan Daily
titra en gros caractères:
               
"McCartney est mort:de nouveaux indices mis en évidence".


Jean-Noël Kapferer  les résume ainsi:

"Sur la couverture intérieure de l'album Sergeant Pepper ,Paul McCartney porte
sur son bras gauche un badge où il est écrit OPD,ce qui voudrait dire
Officialy Pronounced Dead (officiellement déclaré mort).
Sur le dos de la couverture,tous les Beatles sont de face,sauf Paul McCartney.
Les Beatles auraient aussi déposé des indices sur la couverture Abbey Road.
John Lennon est vêtu tel un clergyman, Ringo Starr est en noir à l'instar d'un membre
des pompes funèbres,George Harrison en tenue d'ouvrier prêt à creuser la tombe.
Quant à Paul McCartney,il traverse une rue les pieds nus:

- or chacun sait que dans les rituels tibétains (très en vogue à l'époque),
les morts sont pieds nus.

De plus,la plaque d'mmatriculation de la Volkswagen stationnant dans la rue
porte l'inscription "28 IF",c'est-à-dire précisément l'âge qu'aurait Paul McCartney  
"si" ("IF" en anglais) il avait vécu.
  (p.39).

Soucieux de mettre fin aux bruits,Paul McCartney apparut en photo dans le magazine
Life .
Mais "la rumeur ne cessa pas pour autant:c'était son sosie...."
(Id).
De plus:"sur le verso de la photographie de Paul McCartney ,on trouvait
la publicité d'une voiture qui,regardée à travers la page,coupait la tête de Paul Mc Cartney"
(pp.37-39).

 Et  Jean-Noël Kapferer d'écrire:
 
"Le démenti fit boomerang:la rumeur l'avait retourné dans son sens"
(p.39).


Des petits faits démesurément grossis.


De façon évidente,sans la rumeur,tous ces petits faits seraient passés inaperçus ou,
s'ils avaient été repérés,auraient reçu une toute autre interprétation.
La meilleure preuve est que dans son ouvrage contre le "rock n'roll",
le père Régimbal mentionne la Revolution n°9 et la phrase"Turn me on,dead man"
(exciste-moi,homme mort),mais loin d'en déduire la mort de Paul McCartney,
il y voit la "confirmation" que le rock serait d'essence antichrétienne,
l'homme mort étant..Jésus-Christ.  *
*(Voy.Jean-Paul Régimbal.Le Rock n'Roll,viol de la consience par les messages
   subliminaux(éd.Croisade,Bligny-lès-Beaune,1983,p.20).
         
Preuve qu'un même fait peut recevoir des interprétations très diverses,
suivant les croyances de chacun.
La rumeuraffirmant la mort de Paul McCartney modifia donc
la perception de ceux qui y croyaient....
Voulant à tout prix en trouver la confirmation ,ils scrutèrent
à la loupe et finirent par trouver de nombreux indices,un peu comme
l'hypocondriaque finit par trouver les symptômes d'une maladie grave...

.../...


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Re: La rumeur, le plus vieux média du monde.

Message  Admin le Sam 30 Mar - 14:43

L'émission d'Orson Welles.




(photos:Wikipedia)

Comme deuxième exemple flagrant,Jean-Noël Kapferer mentionne
cette fameuse soirée du 30 octobre 1938 lorsque,sur une radio nationale
des USA,Orson Welles retransmit une pièce de théâtre qui simulait l'atterrissage
d'une soucoupe volante à New York ,prélude à une invasion de Martiens.
Dans tous les programmes,la pièce avait été annoncée comme telle,c'est-à-dire
comme une oeuvre de pure fiction.
Mais elle était bâtie comme un vrai reportage diffusé en direct,si bien que le soir
de sa retransmission,environ un million d'auditeurs,qui n'avaient pas été
prévenus,commencèrent à croire en une invasion d'extra-terrestres.
A partir de ce moment,tout concourut à renforcer leur conviction:


Certains appelèrent la police et,trouvant la ligne encombrée, en déduisirent
que la police était déjà débordée.
Quand ils avaient la police au bout du fil,celle-ci déclarait ne rien savoir,
ce qui n'était pas plus rassurant.
Un interviewé déclara avoir regardé à travers sa fenêtre:la rue était encombrée
de voitures.Il en déduisit que l'exode avait déjà commencé.
Un autre,surpris par le calme des rues avoisinantes,en conclut que les voitures
devaient être bloquées sur les routes détruites.
(p.94).

Ces rappels sont très intéressant,car ils démontrent que chez des personnes
croyant en la véracité d'une information,tous les indices,même s'ils sont
"contraires" deviennent des "confirmations" :

- La ligne du commissariat est-elle encombrée ?

C'est parce que la police est déjà débordée suite à l'agression martienne !
Au contraire,si la police peut être jointe et répond "qu'elle ne sait rien",
c'est parce qu'elle a reçu l'ordre de ne pas affoler le public en confirmant
l'agression martienne!

- Les rues sont-elles encombrées ?
C'est une preuve que l'exode a commencé face à l'invasion martienne !
Si,au contraire,les rues sont désertes,c'est parce que les voitures ont été immobilisées
par les envahisseurs martiens !


LES CAUSES PROFONDES:


Face à cela,certains insisteront sur la nécessité de faire comprendre aux gens que:

"l'adhésion générale à une rumeur ne garantit pas sa véracité", donc que l'argument
selon lequel:
"tout le monde ne peut pas se tromper,si c'était faux,ça se saurait",
"n'a aucune valeur
."....
Les exemples de croyances anciennes ou actuelles erronées bien que largement
partagées abondent:

- Soleil tournant autour de la Terre,

- fer dans les épinards,

- eau dans les bosses des dromadaires,

- petite cuiller gardant le champagne pétillant,etc,etc...


L'importance des "cadres de référence".



L'affaire Orson Welles.


C'est toutefois oublier que la persistance de la rumeur d'Oradour"
a des causes plus profondes.
La vague de panique causée par l'émission d'Orson Welles encouragea les sociologues
à interroger ceux qui avaient le plus cru en l'invasion martienne...
Jean-Noël Kapferer écrit:

" La majorité de ceux-ci avaient des cadres de pensée permettant à l'information d'apparaître normale,
de s'insérer très naturellement dans l'ordre des choses prévisibles et normales.
Il s'agissait:

- de personnes très croyantes et en particulier de membres des communautés
religieuses intégristes,s'attendant à tout instant à la fin du monde;

- de personnes très sensibilisées par la montée des risques d'une nouvelle guerre
et qui croyaient à l'imminence d'une attaque par une puissance étrangère.
Une invasion,qu'elle soit japonaise,nazie ou martienne,n'était pas improbable;

- de personnes croyant aux pouvoirs extraordinaires de la science et qui s'attendaient confusément
à quelque catastrophe en retour,selon le scénario de "l'apprenti-sorcier"
(p.90).

L'auteur en déduit que les "cadres de références" peuvent favoriser
"l'adhésion immédiate et irréfléchie" à certains bruits sans aucun fondement...

.../....

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Re: La rumeur, le plus vieux média du monde.

Message  Admin le Sam 30 Mar - 14:57


L'affaire Léo Taxil:


  Comme troisième exemple.

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9o_Taxil


 
(Invocation de Baphomet par des francs-maçons selon Taxil )

             Ce fait,on le sait depuis longtemps.Rappelons par exemple qu'en France,
             début 1894),parut un ouvrage antimaçonnique intitulé:
                   
      "Le Diable au XIXème siècle.Récit d'un témoin".  

Signé "docteur Bataille",l'auteur,qui se présentait comme un initié du rite Memphis,
prétendait exposer le "palladisme",c'est-à-dire les rituels des frans-maçons de haut grade
adorateurs du Diable.

           Il alléguait entre autres:
 
- que le centre du "palladisme" se trouvait dans un temple maçonnique à Charleston(USA),
et plus particulièrement dans une salle triangulaire appelée Sanctum Regnum, dont le principal
ornement était une monstrueuse statue du Baphomet,
               
- que le premier "pape luciférien" avait été le célèbre maçon américain Albert Pike
(1809-1891),ancien Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de la juridiction Sud
du Rite Ecossais Ancien et Accepté et auteur notamment de Morals and dogma (1871).
Ce haut maçon aurait été le chef suprême de tous les initiés du globe et aurait conféré avec Lucifer
lui-même tous les vendredis à quinze heures,

- que sous la forteresse anglaise de Gibraltar se trouvaient d'mmenses ateliers secrets
dans lesquels des hommes-monstres fabriquaient tous les objets utilisés par les francs-maçons
pour leurs rituels "palladiques",

- qu'il arrivait au Diable d'apparaître sous forme d'un crocodile ailé et de se mettre à jouer
du piano dans les salons francs-maçons.

Ses descriptions étaient confirmées par une prétendue ancienne soeur maçonne luciférienne,
qui aurait eut ses entrées dans toutes les Loges,miss Diana Vaughan,originaire du Kentucky.
Après avoir été initiée à de nombreux mystères "palladiques aussi secrets qu'horribles,
elle se serait finalement convertie au christianisme,aurait choisi de tout révéler
(publiant les Mémoires d'une ex-palladiste" et aurait même composé,afin de sonner
le rassemblement antimaçonnique, un Hymne à Jeanne d'Arc.

Dès la parution du livre,certaines voix se levèrent pour dénoncer l'imposture.
L'évêque de Charleston,Mgr North  se rendit personnellement au Vatican pour déclarer que,c
onnaissant les principaux maçons de la ville (des humanistes protestants nullement suspects de satanisme),
il avait visité leur temple et n'y avait vu aucune des salles indiquées sur le plan publié par
le  "docteur Bataille"  et confirmé par Miss Vaughan.
De son côté Monseigneur le Vicaire Apostolique de Gibraltar  écrivit à Rome que l'histoire des ateliers
secrets sous la forteresse anglaise était une légende de la plus haute fantaisie.
Ajoutons à cela que dès avril 1894,dans la Gazette du High Life,un écrivain spécialiste
de la franc-maçonnerie,M.Rosen,avait démontré quel'ouvrage du "docteur Bataille"
était émaillé de très nombreuse erreurs grossières:l'auteur se présentait comme 90ème degré
du Rite de Memphis, portant le titre de "Souverain Grand Maître ad Vitam" alors que le titre
exact était  "Sublime Maître du Grand OEuvre",il prétendait porter un cordon "feu avec liséré noir" alors que le cordon véritable était bleu-ciel;il affirmait connaître un maître franc-maçon qui aurait atteint
le 30ème et dernier degré du rite Anglo-Américain d'York alors que ce rite comportait 9 grades seulement;
il parlait d'un maçon vivant en 1893  alors que ce dernier était mort 3 ans auparavant.  
(Voy.Gazette du High Life,22 avril 1894,article intitulé: "Les clés de la mystification").

L'année suivante,le journal de Londres Light mena son enquête sur la mystérieuse miss
 Diana Vaughan.
Il demanda à tous les centres d'initiation du globe si cette demoiselle avait été inscrite
sur les registres.Toutes les réponses furent négatives.

"Cette soi-disante initiée à tant de mystères horribles,possédant des chartes qui lui ouvraient
toutes les loges de l'Univers n'était même pas inscrite dans un Atelier symbolique!"
   
(Voy.L'Initiation,juillet 1897,p.29).

Bref,deux ans à peine après la parution de l'ouvrage,la supercherie était dévoilée....
Dans son article publié par la Gazette du High Life,M.Rosen avait même découvert l'auteur
qui se cachait derrière le "docteur Bataille",il s'agissait de M.Jogand,plus connu
sous le pseudonyme de Léo Taxil,faussaire connu,auteur quelques années auparavant
d'un ouvrage fantaisiste intitulé: Les mystères de la Franc-maçonnerie dévoilés.

Mais à cette époque,il y avait 150 ans qu'un climat d'hostilité existait entre l'Eglise et la Franc-maçonnerie.
Dès 1738,en effet,le pape Clément XII avait condamné la "secte" dans sa bulle In eminenti.
Cette condamnation avait été confirmée en 1751 par Benoît XIV dans la bulle Prividas.
Entre 1821 et 1884,cinq papes avaient lancé huit encycliques contre la Maçonnerie.  
La dernière avait marqué le point culminant du conflit.
Pour de nombreux catholiques,la Franc-Maçonnerie était devenue l'ennemie n°1.

Or,sachant que le 1er ennemi de Dieu est le Diable,beaucoup de fidèles étaient
prêts à croire en l'existence d'une haute Maçonnerie satanique.
Naturellement,aucun Pape n'avait jamais prétendu une chose pareille.
Certes,dans son encyclique Humanum Genus,Léon XIII avait qualifié le plan maçonnique
de "si insensé et si criminel" qu'il était "permis d'y reconnaître la haine implacable dont Satan
est animé
à l'égard de Jésus-Christ et sa passion de vengeance".
(Voy.Humanum Genus,ch.3°,A).

Mais il n'en déduisait pas que les maçons auraient adoré Lucifer....
Il les présentait comme des individus aveuglés par leurs faux principes
(donc comme des complices inconscients):

"Audacieusement engagés dans la voie de l'erreur sur les plus importantes questions,ils sont entraînés
et comme précipités par la logique jusqu'aux conséquences les plus extrêmes de leurs principes
soit à cause de la faiblesse de la nature humaine,soit par le juste châtiment dont Dieu frappe leur orguei"
  (Ibid,ch.2,C,§a).

Pour de nombreux catholiques,cependant,ces subtilités ne comptaient guère:

- si le plan des maçons favorisait Satan ,c'est que,dans les Loges les plus hautes,
certains maçons devaient adorer Satan.
Voilà pourquoi,malgré les démentis de certains évêques et malgré les enquêtes menées,
l'ouvrage du "docteur Bataille" et les prétendues révélations de miss Vaughan furent
favorablement accueillis dans les milieux catholiques.
Lorsque,dans une allocution prononcée en 1897,L.Taxil avoua lui-même la supercherie,
il raconta amusé,comment Mgr Lazzareschi délégué du Saint-Siège auprès du Comité central
de l'Union antimaçonnique,avait fait célébrer un Triduum d'actions de grâces pour remercier Dieu
de la conversion de..... miss  Vaughan. *
Il raconta également que l'Hymne à Jeanne d'Arc avait été exécuté aux fêtes antimaçonniques
du Comité romain,alors que la musique de ce chant était celle de la Seringue phiharmonique,
une gaudriole musicale composée par le chef d'orchestre du Sultan Abd-ul-Aziz pour
le divertissement du sérail. (Ibid).

Face aux protestations des journalistes catholiques,le mystificateur produisit plusieurs lettres
d'approbation envoyées par des membres de la hiérarchie catholique à miss Vaughan.**

- une lettre du Cardinal Parrochi ,Vicaire de Sa Sainteté,datée du  16 décembre 1895  
et dans laquelle on lisait:
           
"Votre conversion est un des plus magnifiques triomphes de la grâce que je connaisse.
Je lis en ce moment vos Mémoires ,qui sont d'un intérêt palpitant."


- une lettre de Mgr Sardi ,secrétaire particulier de Léon XIII ,datée du 27 mai 1896
et encourageant miss Vaughan en ces termes:

"Continuez,Mademoiselle,continuez à écrire et à démasquer l'inique secte!
La Providence a permis,pour cela même,que vous lui ayez appartenu pendant si longtemps".


- Enfin,une lettre du Prélat de la Maison de Sa Sainteté et secrétaire du Cardinal Parocchi,A.Villard,
datée du 18 octobre 1896 et contenant le passage suivant:
 
"Continuez,Mademoiselle,par votre plume et par votre piété, malgré les efforts de l'enfer,
à fournir des armes pour terrasser l'ennemi du genre humain.
Tous les saints ont vu leurs oeuvres combattues;il n'est donc pas étonnant que la vôtre
ne soit pas épargnée....
 

L'affaire Taxil  démontre à quel point les  "cadres de références" peuvent
favoriser les croyances aux bruits les plus fous(car tout de même,le Diable
qui joue du piano sous la forme d'un crocodile...).

Ici,les "cadres de références" venaient du fait que,à l'époque:

"le monde catholique vivait à peu près complètement en dehors du monde ordinaire.
Abrité derrière des journaux écrits pour lui dans un style spécial,évitant avec le plus grand soin la lecture
des livres "non recommandés" par les dits journaux,tenu dans l'ignorance à peu près complète
du mécanisme des sociétés actuelles,de leurs relations internationales,ce monde catholique
très nombreux,était d'autant plus préparé à la mystification que les moyens de contrôle lui faisaient
presque absolument [i]défaut."
(Voy.L'Initiation,déjà cité,p.2).

 
Hitler :le Diable moderne.


Or,de nos jours, le national-socialisme a remplacé,et pas seulement chez les caholiques,
la Franc-Maçonnerie.
Pour l'immense majorité des Européens,le Mal  n'est plus dans les Loges,il est dans
le national-socialisme.
De plus,tout comme les catholiques de la fin du XIXème siècle,le grand public d'aujourd'hui
n'a guère accès aux livres "sulfureux";abreuvé de propagande "officielle",il ignore totalement,
ou presque,ce que  fut l'Allemagne nationale-socialiste ,ses idées et ses mécanismes...
Dès lors,on ne sera pas surpris que la  "rumeur" colportée par des Taxil modernes ,
avec ses "lieux de mémoire"et ses..."grandes messes",
soit accueillie avec empressement au sein des masses.
Et contre cela,tous les démentis sont impuissants....


 
Envie de croire.



Mais il y a plus encore.
Dans Combats du 27 novembre 1943 ,reprenant les fables de Lafontaine,Philippe Henriot  lança:
 
               "On croît si volontiers ce qu'on espère..."

            Cette envie de croire ce qui nous est agréable explique bien souvent
            la confiance accordée aux commérages les plus divers.

        Jean-Noël Kapferer le confirme lorsqu'il écrit:

         
" la rumeur est une information que nous souhaitons croire" ;
A la limite,la rumeur ne convainc pas,ne persuade pas:elle séduit"
 (p.99)

.../....
[/i]


Dernière édition par Admin le Ven 8 Nov - 9:59, édité 1 fois

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Re: La rumeur, le plus vieux média du monde.

Message  Admin le Sam 30 Mar - 16:43



L'auteur mentionne ensuite plusieurs bruits qui circulaient pendant la guerre
et selon lesquels,à l'heure des restrictions imposées au peuple,d'énormes quantités
de café,de nourriture et d'essence étaient stockées dans les bases militaires
ou dans quelque entrepôt secret.Il explique:

"L'examen des personnes qui déclaraient croire à ces rumeurs révéla quels segments
de la population y était particulièrement sensibles(...).
Ces rumeurs étaient plus crues par ceux qui estimaient le rationnement injuste
ou inutile que par ceux qui l'estimaient équitable et nécessaire.
Etant hostiles au programme de rationnement,ils saisissaient tout argument
qui objective les raisons de leur hostilité"
(p.108).


"L'affaire Taxil"
en est un autre exemple.

Voulant à tout prix croire "qu'il existait" une haute Maçonnerie adoratrice
du Diable,ce qui justifiait le combat méné contre elle,de nombreux catholiques,
jusqu'au Vatican,se jetèrent avec avidité et sans ucune réflexion critique
sur l'ouvrage du "docteur Bataille" et sur les "Mémoires" de miss Vaughan.

Là encore,le parallèle s'établit immédiatement:dans notre société radicalement opposée
au national-socialisme,il n'est guère étonnant que toutes les rumeurs qui
"objectivent les raisons de cette hostilité" soient reçues avec bienveillance...


Répugnance à s'informer et à vérifier.


D'où cette répugnance à vérifier.

Jean-Noel Kapferer nous explique que,:

"La force de la rumeur est que souvent elle fournit une explication justifiant
ce que l'on pressentait ou souhaitait confusément.
Elle est une information consonnante.Chercher à vérifier tiendrait du masochisme:

le résultat de la démarche peut être en effet une information dissonante.
L'empressement à croire exclut toute vérification".
(pp.123-4).

Voilà par exemple pourquoi personne ou presque ne va voir si,effectivement,

les fleurs artificielles de l'autel et le confessional de l'église d'Oradour
"sont effectivement bien en très bonne état depuis l'incendie"...

Le bien fondé de "cette découverte" réduirait à néant la "thèse officielle"....

Mieux vaut donc ne pas aller voir....


Croire même l'incroyable.


Certains me répondront que parfois,le mensonge est si manifeste qu'aucune vérification
n'est utile pour le démasquer.
Comment,par exemple,croire que des fleurs artificielles et un confessional en bois
au milieu d'un incendie qui a fait fondre la cloche de l'église à plusieurs mètres
de hauteur....soient restés intactes !!
Tous ceux qui ont connu un quelconque incendie,savent que c'est impossible.


Les vers de terre chez Mc Donald's.


Nous abordons ici la question des rumeurs réputées incroyables et pourtant crues.
Dans son ouvrage,J.N Kapferer en mentionne une:

- entre 1978 et 1982,aux USA la célèbre chaîne de restaurants McDonald
fut accusée de mélanger des vers de terre à la viande de ses hamburgers.
Il écrit:

"Cette rumeur est souvent prise comme l'exemple type de la rumeur incroyable
mais crue.
Selon nous,c'est une erreur:cette rumeur est tout à fait explicable.
Elle exprime de façon métaphorique l'anxiété croissante d'une partie des Américains
face à leurs habitudes alimentaires:

-l'Amérique mange n'importe quoi.Pour avertir la population des risques liés
à ces habitudes,on a créé le concept imagé de "junk-food", c'est-à-dire:
nourriture-ordure....
Or le hamburger est un des symboles de la nourriture américaine désormais décriée.
Il existe donc aux Etats-Unis un large segment de la population très concerné
par le caractère foncièrement malsain du rituel alimentaire américain.
L'hypothèse du ver de terre donne une forme concrète et palpable à la phobie
de pourrissement intérieur par l'ingurgitation systématique de soft drinks
et de hamburgers.
Le ver symbolise d'une part le rebut,l'ordure et d'autre part la destruction intérieure
qui suit son absoption.
Peut-on raisonnablement imaginer McDonald's ajoutant des vers de terre?
Certes,pas littéralement,mais symboliquement oui...
La rumeur exprime le ressentiment d'une partie de l'opinion vis-à-vis d'une entreprise dont l'dentité
paraît fondée sur un produit reconnu désormais comme non équilibré,donc dédéquilibrant....
Chercher à vendre le plus possible de hamburgers aux Américains,c'est assumer
son statut de fabricant de poison.
La rumeur ne fait guère qu'exprimer de façon symbolique que tout hamburger
est un poison et McDonald's le sait,mais poursuit malgré tout son oeuvre d'intoxication..."

(pp.102-103).

Et J-N Kapferer continue:

"La caution qu'apporte la rumeur à nos intuitions,sentiments et opinions explique
que des rumeurs peu plausibles se développent avec un certain succès.
Les bénéfices psychologiques retirés de l'adhésion et de la participation à la rumeur justifient
largement qu'on ne soit pas trop pointilleux sur sa plausibilité:

- le fait d'entendre une rumeur conforter un sentiment très enraciné rend moins critique."
(p.102).



Les détails de la rumeur sont sans importance.


Plus loin l'auteur évoque le cas où une rumeur à caractère symbolique comporte
des détails manifestement erronés;il explique pourquoi cela n'influe en rien
sur la croyance populaire:


" plus une rumeur a un contenu symbolique,moins les détails qu'elle comporte
comptent en eux-mêmes.
Ils sont considérés pour ce qu'ils sont:des signifiants substituables.
Si tel détail n'est pas réaliste,cela ne prouve pas que l'ensemble du récit soit fautif:

- il suffit de remplacer ce détail boîteux par un autre, plus réaliste mais signifiant
la même chose.
Par exemple,la rumeur du serpent-minute (caché dans un régime de bananes
et piquant un enfant dans l'hypermarché Cora de Mulhouse, en juillet 1982)
s'effondre-t-elle si l'on apprend que le serpent-minute ne tue pas en une minute,
mais veut simplement dire"un petit serpent" en espagnol ?
Manifestement non,l'interlocuteur croyant à la rumeur aura vite fait de répondre
que si ce n'était pas ce serpent-là,c'était un autre serpent.

De même, aux Etats-Unis,pendant la seconde guerre mondiale,il était fréquent
d'accuser tel ou tel groupe social de se faire réformer et d'éviter ainsi de s'engager
dans l'armée.
Quand les statistiques prouvaient que ce n'était pas le cas,la réponse la plus fréquente était alors:

-"Oui,mais ils ont les postes les plus planqués!".
Ainsi,les signifiants sont interchangeables,mais le signifié,lui,reste stable(...).

Qu'un ou deux détails paraissent anormaux ne gêne pas la rumeur.
Dans beaucoup de rumeurs,le fond prime la forme.
La personne qui colporte une rumeur ne cherche en général pas à coller au message qu'elle a entendu,
mais à persuader son auditeur,quitte à corriger ou à améliorer ce message.
Aussi elle sera tout à fait prête à concéder ici ou là qu'il s'est peut-être glissé
des anormalités dans le récit.
C'est parce que la rumeur est souple et malléable tout au long de sa construction
qu'elle se sent si à l'aise devant les objections de détail."
(pp.282-283).


CROIRE LA RUMEUR POUR SE JUSTIFIER.



L'exemple de la margarine.


L'auteur explique également que l'empressement à croire et à colporter certaines
rumeurs sert à persister dans certains refus qui,au fond de nous-même,
nous paraissent difficilement justifiables.
En guise d'exemple,il mentionne les bruits négatifs qui,en France,
ont déprécié la margarine:


" la margarine est restée pendant longtemps au purgatoire de la consommation.
Elle s'opposait de front au symbole même du patrimoine culturel et de la "naturalité"
sans tâche:le beurre.
Pourtant,il ne manquait pas d'arguments en sa saveur:

- elle était censée posséder les mêmes vertus culinaires que le beurre,et de surcroît
coûter moitié moins cher.
Cette situation était source de conflit pour la ménagère.
Comment concilier les deux pensées dissonantes:

- je suis une bonne ménagère et je n'achète pas un produit équivalent deux fois
moins cher?
La marque Astra avait d'ailleurs axé une de ses campagnes publicitaires
sur l'exacerbation de cette dissonance cognitive:

"Vous voilà débarrassée d'un préjugé qui vous coûte cher."

Pour supprimer cette inconfortable situation,les ménagères s'emparaient des moindres rumeurs
négatives circulant sur la margarine:on y trouverait les pires ingrédients,
elle serait fabriquée à partir de déchets de suif et d'os collectés dans les boucheries,
les usines seraient des plus insalubres,etc..
En croyant ces rumeurs et en les faisant circuler,les ménagères rétablissaient
une situation plus confortable:

- elles fournissaient des faits qui justifiaient l'obligation culturelle liée au beurre."

(p.101).

..../....

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Re: La rumeur, le plus vieux média du monde.

Message  Admin le Sam 30 Mar - 17:00


Alain Decaux
et les "confessions" de K.Gerstein.

Un exemple très révélateur est la manière dont Alain Decaux traite les ébouriffantes
"confessions" de Kurt Gerstein,un SS
qui prétendait avoir assisté à un gazage homicide au camp de Belzec.

           Il admet sans peine qu'elles sont émaillées:

"d'invraisemblances et de contradictions flagrantes" *
           dont il cite quelques exemples:

 
*(Voy.A.Decaux ,La guerre absolue.1940-1945 (éd.Perrin,1998),p.150.

1) -  Hitler et  Himmler visitant Belzec le 15 août 1942.

Ce jour-là,indique Alain Decaux , "Hitler  se trouvait à  Winniza ,
sur le front de l'Est alors en pleine offensive"
(p.150).

2) - 25 millions de personnes exterminées à  Belzec et Tréblinka:
 
"L'absurdité de ce chiffre"
, écrit-il,dispense de toute discussion"
(p.150).

3) -  700 à 800 personnes entassées  dans un espace de 25 m2:
 
"Il suffit que nous mesurions dans notre propre habitation,une pièce de 5 m sur 5 m
pour concevoir l'impossibilité d'un tel entassement"
(Ibid,p.151).

4) - tas de chaussures (celles des gazés) haut de 30 à 40 mètres:
 
" cela correspond à celle d'un immeuble de dix à douze étages"
,
souligne-t-il.  
"Comment accéder à une telle altitude pour y ajouter des chaussures?"
(Ibid).

Mais loin de s'offusquer et de rejeter le "témoin" Gerstein ,
Alain Decaux prétend sauver "l'essentiel" de son récit,c'est-à-dire
le "prétendu" gazage homicide.

               Il commence par écrire:
 
" les circonstances très particulières dans lesquelles se trouvait Gerstein au moment
où il rédigeait ses textes (comprenez: "confessions") permettent d'expliquer une partie
de ses erreurs et de ses défaillances de mémoire"
(Ibid,p.142).

Sur la prétendue présence d'Hitler et d'Himmler à Belzec le 15 août 42,
l'auteur formule l'hypothèse que cette "erreur" serait imputable non à K.Gerstein
mais à son supérieur,Globocnik qui,devant K.Gerstein,en aurait "rajouté"
inventant une fausse visite du Führer pour magnifier la mission qui lui avait été confiée"  *
 
*( "On doit pourtant se souvenir que K.Gerstein se contente de rapporter
une affirmation de Globocnik.
Est-il exclu que,non pour magnifier la mission qui lui avait été confiée,Globocnik
en ait "rajouté"?"
(Ibid,p.150).

A propos des 25 millions de morts à Belzec et Tréblinka et des tas de chaussures haut
de plusieux dizaines de mètres,A.Decaux y voit le résultat d'un "violence"
que K.Gerstein aurait éprouvée et d'un désir de démontrer l'ampleur de l'extermination" :
 
"Le style de ses récits est à la mesure de la violence de ce qu'il éprouve.
Gerstein veut convaincre:quand il tente de démontrer l'ampleur de l'extermination,
le chiffre de 25 millions vient naturellement sous sa plume ,et il dépeint
des entassements impossibles"
(Ibid,p.153).

            Il ajoute:
 
"De quel droit affirmerions-nous qu'il n'a pas vu la montagne de chaussures qu'il dépeint ?
Peut-être le tas qui est demeuré dans ses souvenirs était-il le résultat d'un grand nombre de gazages(....).
Le certain est que ces tas étaient monstrueux!
Mesure-t-on la monstruosité?"
(Ibid).

Finalement,Alain Decaux parle de "la sincérité de Gerstein sur "l'essentiel"  (Ibid,p.154),c'est-à-dire sur :
 le fait qu'il aurait vu un gazage homicide des juifs .  
Voilà donc un exemple flagrant où,dans un récit qui fonde une rumeur,la véracité
des détails n'a strictement aucune importance,on peut sans problème admettre
qu'ils sont faux et qu'il faudrait les remplacer par d'autres,moins incroyables.
Ici,le fond prime sur la forme.L'important (comprenez:ce qu'il faut retenir,
c'est le signifié (l'"Holocauste");les signifiants,quant à eux,sont.....interchangeables....


  Comment concilier les deux pensées dissonantes:


 - je suis un bon citoyen et je n'oeuvre pas pour résoudre la crise qui frappe la société ?
La solution consiste à s'emparer et à colporter la "rumeur".  
Car en agissant ainsi ,on se convainc que,malgré tous ses travers,"le libéralisme" vaut mieux
qu'un retour à une société d'ordre.  ("on sait où ça a mené"
....).

Ainsi justifie-t-on l'obligation de voter démocrate....
On comprend dès lors pourquoi de nombreuses personnes rejettent d'emblée des discours
qui touchent du doigt où ça fait mal certaines vérités.
Il ne s'agit ni d'ignorance ni d'affectivité,mais de simple confort intellectuel.
A ce sujet,il me paraît utile de citer Jean-Noël Kapferer lorsqu'il évoque
une expérience de rumeur concernant le café:

"Dans une entreprise,deux employés furent choisis pour raconter,
autour de la machine à café,qu'ils avaient appris que le café était "nocif
pour le système nerveux et comportait des risques cancérigènes".
Théoriquement,la rumeur aurait dû concerner les personnes les plus exposées au soi-disant risque:

- les gros consommateurs.

L'inverse se produisit:

- moins les gens consommaient de café, plus ils croyaient la rumeur possible....

Les gros consommateurs ne pouvaient l'accepter:

- outre qu'il n'y avait guère de lien logique entre l'absorption de café et le cancer,
cette rumeur fut refusée car elle aurait créé une situation de dissonance cognitive
incontournable et inacceptable."
(p.107).
Cette remarque est très importante......
 

Rencontre avec Henri Roques . sur la thèse de Nantes.

http://www.youtube.com/watch?v=FptAaOPDLUA


Autres vidéos : study

http://www.youtube.com/user/SansConcessionTV/videos











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